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Plus que devant la justice de son pays, c’est devant l’histoire tout court que le président du Bénin, Patrice Talon, devra répondre de sa responsabilité dans les dérives autocratiques qui secouent son pays.

Le Bénin s’est réveillé dans le feu ce jeudi 2 avril. Les incidents de la veille qui avaient fait  dégainer sa police et occasionné de nombreux blessés parmi des manifestants, se sont donc poursuivis ce jeudi. Grâce notamment au président lui-même qui a fait encercler la résidence de Yayi Boni, son prédécesseur dans les fonctions qu’il occupe, menacé d’arrestation selon ses militants même si, lors d’une brève conférence de presse, le ministre de l’intérieur, Sacca Lafia, a fermement démenti cette information.

Toujours est-il que les débordements sont partis de là, quoique depuis de nombreuses semaines, cette terre du Bénin était en proie à des tensions nées d’un processus électoral chaotique qui a mis à l’écart toutes les forces de l’opposition pour n’opposer que les deux blocs de soutien au président Patrice Talon.

Que les députés béninois n’aient su lire dans le marc du café en acceptant la certification des documents de création des partis comme clause d’élimination de formations politiques, ne justifie en rien qu’un homme qui a profité du respect que ses compatriotes ont pour la prééminence de la démocratie dans leur vie publique soient si enclins à soumettre tout le monde.

D’autant plus que sur ce point-là, monsieur Talon n’avance pas masqué, bien au contraire. Sa théorie du chaos qui ne profite qu’au souverain est d’ailleurs  bien connu de ses compatriotes, puisque souvent déclamée devant les caméras des télévisions locales.

« Dans les petits pays comme les nôtres, disait-il, ce qui permet à un président d’être réélu, c’est sa capacité à soumettre tout le monde. Quand tous les députés, tous les maires, les élus locaux, les commerçants sont à sa solde et quand les partis politiques sont affaiblis et sont à sa solde, sa réélection est facile », expliquait-il avec un cynisme vu nulle part ailleurs.

On peut donc conclure que monsieur Talon est allé au bout de sa logique en mettant son pays à feu et à sang ce jeudi 2 avril après avoir raflé tous les sièges que compte l’Assemblée nationale. Le processus de soumission peut donc se poursuivre, sorti tout droit des petits calculs de celui qui s’était promis un seul mandat à la tête de son pays. Sans doute, était-ce déjà trop beau pour cacher à peine les dérives d’aujourd’hui.

JOSEPH TITI