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L’ancien président de l’Assemblée nationale était à Kinshasa pour participer aux obsèques d’Etienne Tchisekedi. Emu par les honneurs qui lui ont été réservés, il a fait un parallèle avec les humiliations qu’il subit dans son pays. Avant de moquer les « comédiens de la foi » qu’il s’est bien gardé  de nommer.

Guillaume Soro a moqué, ce lundi 3 juin, dans une déclaration publiée par plusieurs médias sociaux, les « comédiens de la foi » alors que le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, et son ministre de la défense, Hamed Bakayoko,  sont en pèlerinage à la Mecque.

Selon l’ancien président de l’Assemblée nationale, « le regain de piété ces temps-ci est visible dans certains milieux habituellement abonnés à la villégiature. Les lieux de culte semblent être soudain devenus pour certains des espaces de prestidigitation pour comédiens de la foi. On ne sait plus si on y va pour prier ou pour tourner des séries dignes des films hollywoodiens », a dénoncé Soro qui s’est gardé de nommer précisément les concernés.

Présent à Kinshasa où il a été invité à participer aux obsèques d’Etienne Tchisekedi, le père du président congolais, le président du comité politique a re-goûté aux honneurs du pouvoir. Ce qui n’était plus le cas depuis son départ de l’Assemblée nationale. « Je tiens à dire merci au Gouverneur, mon ami personnel Gentiny Ngobila Mbaka. Son destin est un exploit ! Etre gouverneur de deux provinces, Sénateur. C’est un honneur qu’il m’a fait de venir m’accueillir, car avant moi, c’est le Vice-Président de l’Ouganda qu’il accueillait et que j’ai pu saluer dans le salon d’honneur Présidentiel. Ce à quoi je n’ai pas aujourd’hui droit dans mon propre pays la Côte d’Ivoire. Où sous le régime actuel, le salon d’honneur présidentiel est devenu quasiment un lieu fétichisé, un Saint-Graal auquel n’ont accès que certains privilégiés triés sur le volet de l’exception rare. Quand tu n’es pas RHDP, ne t’y aventure pas. Pauvre de nous ! »

L’ancien président de l’Assemblée nationale a égrené d’autres manquements à son égard tendant à l’isoler d’une part mais également à diviniser la personne du chef de l’Etat. « A longueur de journée, les fidèles parmi les fidèles du RHDP ont convaincu leur chef qu’il fallait me dépouiller, me vouer aux gémonies, me dénuder, m’écraser, en m’arrachant les apparats du pouvoir et que vite, très vite, je me rendrais compte que je n’étais rien sans le poste de Président d’Assemblée Nationale qu’ils m’avaient si gracieusement et généreusement offert ! », a ironisé Guillaume Soro, ajoutant qu’ils « ont hélas convaincu le chef, le demi-dieu, qu’ils étaient propriétaires de la Côte d’Ivoire et peut-être du continent africain tout entier. Oui, ils sont – dans leur logique – les chefs de l’Afrique. Ils ont l’argent et ils ont de grands diplômes. En somme, ils sont inattaquables. »

Prenant soin de ne jamais nommer l’objet de ses virulentes attaques, Guillaume Soro a néanmoins laissé un indice aux lecteurs. « Je dis bien de bien regarder : ceux parmi eux (RHDP) qui m’insultent ou qui m’insulteront le plus sont ceux justement que j’ai sauvés de la clochardisation. Ils se comportent comme les convertis de la 25ème heure. Mal à propos, donnant toujours dans la démesure. IL s’agit en réalité de ceux des hauts cadres qui ont été mes ministres les plus soumis. Ils sont comme préformés par nature à la soumission. Avec cette donne qu’au fur et à mesure, ils continuent et deviennent de plus en plus soumis. Oui, ils ploient sous le joug de la soumission », a encore dit Soro.

Et comme en pareille situation, le regret charrie toujours une part de nostalgie, l’ancien président de l’Assemblée nationale qui fut d’abord premier ministre de Laurent Gbagbo s’est revu sous la gouvernance de celui-ci. « Autrefois, ce fut de ce point de vue, bien meilleur. Du moins, du temps où Gbagbo était Président. Oui, j’en atteste : à cette époque le Premier Ministre que j’étais pouvait solliciter avec succès le Salon Présidentiel. Loin de moi l’idée de vouloir dédouaner Gbagbo de tout, mais la vérité est implacable. Gbagbo ne considérait pas le salon Présidentiel comme les Illuminati considèrent le Graal. Il le considérait comme un édifice au service de l’image de marque de la Côte d’Ivoire. Du moins, c’est ce que j’ai pu observer », a encore dit Soro. Qui va devoir s’habituer.

GBISSIGNINI GOBE