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Pas de post, d’allocution ou de prise de parole plus ou moins officielle sans que Guillaume Soro et ses partisans ne montrent leur amertume face l’ingratitude des gouvernants.

Au moins, il a le mérite de ne pas étouffer son amertume. Guillaume Soro mais également ses partisans, réduits au même sort que lui, ne s’y trompent plus. Pour eux, l’aventure qui les a menés au pouvoir en compagnie de ceux qui continuent à exercer ce pouvoir est vécue comme une tragédie.

Pour faire entendre sa colère, Traoré Mamadou, un professeur de lettres proche de Guillaume Soro, a publié un poème caustique et plein de remords dans lequel il souligne le mal-être des populations du nord, selon lui, désabusées : « le jour et les ans passent/ Plus vite que l’on ne pense/ Sans que rien ne change/ En ce que les nordistes mangent/ Cause d’une autre grande colère/ Qui supplantera la première », tonne-t-il dans ce poème intitulé « Réveille-toi, Grand Nord ».

Mais la rhétorique selon laquelle des nordistes sont malmenés par le pouvoir des nordistes n’est pas le seul fait de ce proche. L’ancien président de l’Assemblée nationale se demande aussi, de manière régulière, pourquoi « c’est au tour du pouvoir du nord d’humilier et d’emprisonner des ressortissants du nord ? » Et pourquoi le nord ne profite pas de la croissance puisque, critique sévèrement Soro, il n’y a ni routes, ni eau potable au nord.

Devant ces critiques, le régime ne tarde généralement pas à réagir. Et c’est à ce jeu que s’est prêté le directeur général de Fraternité Matin, Venance Konan, qui se demande pourquoi Guillaume Soro ne découvre subitement la pauvreté du nord et le manque d’infrastructures dans cette partie du pays qu’au moment où il n’est plus président du parlement ?

Le  porte-parole du RHDP Etienne Adjoumani Kobenan, lui, ne se contente pas de poser des questions. Il y répond pour rendre ses critiques acerbes. Car pour lui, la période où « les noix de cajou étaient vendus bord-champ entre 25 et 200 fcfa, Guillaume Soro était premier ministre et chef de la rébellion».

Des critiques ou moqueries qui passent difficilement. Alors quand il en a l’occasion, Guillaume Soro n’hésite pas à dégainer. « Aujourd’hui, on me traite de rebelle. En tout cas, c’est bien fait pour moi. Mais qu’ils sachent que sans cette rébellion, ils ne seraient pas au pouvoir. J’ai été rebelle pour qu’Alassane Ouattara soit au pouvoir », dénonce Soro en ironisant sur  la situation de « ceux qui jouent les braves aujourd’hui ».

GBISSIGNINI GOBE