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Des bouleversements sont attendus dans la propriété foncière en Côte d’Ivoire. C’est la révélation faite mercredi 5 juin 2019 par le porte-parole de Laurent Gbagbo, Justin Koné Katinan, en exil au Ghana.

« Des questions ne manquent pas autour de ce projet de modification de cette loi ultra-sensible. Pourquoi le gouvernement ne communique-t-il pas sur son projet de modification d’une loi aussi importante ? Quelles sont les dispositions qui dérangent le gouvernement et qui justifient cette modification quand l’on sait que ce même gouvernement a déjà modifié cette loi en 2014 », s’interroge-t-il.

Pour cet ancien ministre du budget de Laurent Gbagbo et qui fut son porte-parole, la discrétion qui entoure ce projet de modification tranche avec ce que l’on a observé jusqu’ici concernant cette loi et est, de ce fait, suspecte.

L’adoption de cette loi en 1998, par l’Assemblée nationale, avait en effet été précédée d’une longue publicité marquée par une enquête d’opinion menée des députés de cette législature. « On peut dire que la loi de 98-750 du 23 décembre 1998 est l’une des lois les plus consensuelles de notre pays », en conclut  Koné Katinan. Ajoutant que « cette loi, qui est une belle victoire des populations sur leur passé colonial, semble pourtant déranger beaucoup de personnes et de centres d’intérêts autres que ceux des Ivoiriens eux-mêmes. L’on se rappelle qu’à Marcoussis, les rebelles avaient fait de la modification de cette loi l’une de leurs revendications essentielles. De toute évidence, cette revendication leur avait été soufflée par les vrais parrains de la rébellion. Il a fallu toute la vigilance des députés ivoiriens de l’époque pour sauver l’essence de cette loi. En 2014, le gouvernement a procédé à une autre modification. Mais la grande publicité qui avait entouré le projet de modification avait amené le gouvernement à se contenter de peu. Toute chose qui n’a pas satisfait les centres d’intérêts occultes qui gravitent autour des terres ivoiriennes. Ce sont ces centres d’intérêts qui ne cessent de lancer des assauts répétés contre loi de 98».

A propos des intérêts occultes, Koné Katinan cible le chantage des investisseurs étrangers. « En novembre 2017, le Chef de l’Etat ivoirien s’était rendu en personne à Washington pour participer à une rencontre qui s’inscrivait dans le cadre des négociations au titre du Millenium Challenge Corporation (MCC). L’enjeu qui a valu le déplacement du Chef de l’Exécutif ivoirien était de taille. La Côte d’Ivoire devait recevoir un don du Millenium Challenge Account (MCA) de 524, 740 millions $ (soit environ 300 milliards de FCFA) sur la période 2018 à 2024. Ce don est réputé affecté à l’amélioration des infrastructures scolaires et au secteur du transport. En contrepartie, la Côte d’Ivoire doit ouvrir l’accès à ses terres aux investisseurs américains. C’est l’une des conditions non négociables de ce programme », révèle l’ex ministre du gouvernement Aké N’Gbo.

Ancien directeur du cadastre, JKoné Katinan affirme que le gouvernement est pris en tenailles entre ldes intérêts contradictoires, et semblerait opter pour une modification en catimini de la loi de 1998 sur le foncier rural en tirant « profit de la focalisation que la classe politique et la société civile font sur les élections de 2020 pour opérer une modification qui risque de vider cette loi de son essence », a-t-il conclu.

Franck Dimalty