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J’ai lu, au gré de quelques brèves visites sur les réseaux sociaux, un article intitulé : « candidat indépendant ou candidat RDR ? Les erreurs de Sawégnon, la gêne du président Ouattara ». Cet article se veut un décryptage analytique des forces politiques dans la commune du Plateau. Son auteur s’étant en outre présenté de manière emphatique comme un analyste politique, j’ai compris qu’il ne me suffisait plus de me contenter d’une simple moue en guise de réponse appropriée à ce type de péroraison.

Réponse à un confrère je-sais-tout

 Selon monsieur Konan, le patron de Voodoo Fabrice Sawégnon serait aujourd’hui dépassé par les événements dans la commune du Plateau parce qu’il s’est porté trop tôt candidat. Ce faisant, il n’aurait pas vu venir Ouattara Dramane, dit O.D, l’un des candidats à la Mairie et que cette stratégie d’aller tôt aurait également donné des forces supplémentaires au Maire sortant, Noël Akossi Bendjo, qui trône à la tête de la commune depuis 18 ans. Aller tôt, trois ans plus tôt en l’occurrence, serait donc à ce point rédhibitoire à toute victoire électorale et une erreur stratégique immonde pour qui veut remporter une élection dans la commune du Plateau ! Avouons que c’est un véritable bidouillage intellectuel.

Parce que je ne vois pas des populations se lasser de quelqu’un qui, comme le fait Fabrice Sawégnon depuis trois ans, insère leurs enfants dans le tissu économique en leur trouvant qui un stage qui un premier emploi, aide des mères au foyer à agrandir leurs commerces, donne son argent sans compter, finance des projets de jeunes et est présent quotidiennement dans la vie de la communauté… Au demeurant en politique, l’électeur choisit toujours celui qui était avec lui dans les bons comme mauvais moments et non l’inverse. O.D. sait donc ce qu’il risque en venant se plastronner à quelques mois d’une élection municipale qu’il ne pourra même pas arbitrer.

La seconde affirmation du monsieur est de prétendre qu’en choisissant d’être un candidat indépendant, Fabrice Sawégnon a immanquablement grillé la protection du chef de l’Etat qui, lui-même, serait gêné aux entournures par cette idée de candidat indépendant, surtout, pense-t-il, parce que ce serait en outre manquer de courtoisie envers le président du PDCI, son allié du RHDP.

Comment est-ce possible dans la mesure où monsieur Konan ne nie pas la proximité qui existe entre le président et monsieur Sawégnon. En effet il est loisible d’imaginer que si la candidature du second devait déranger le premier, Alassane Ouattara le signifierait au concerné. Dans le cas contraire, on peut en déduire que le président n’est point gêné par la candidature de Sawégnon au Plateau et que d’une certaine façon il la soutient.

Dans ce cas, c’est bien O.D. qui perd ses dernières illusions puisqu’il proclame partout qu’il est un militant de la première heure au Plateau et qu’il a un passé de résistant.

Qui est ce O.D. ?

 Mais alors qui est vraiment ce O.D. que Sylvère Konan présente comme le challenger de Fabrice Sawégnon ? Selon le dictionnaire Larousse, le challenger est un sportif qui défie celui qui détient le titre. Logiquement, Ouattara Dramane est le challenger d’Akossi Bendjo, le Maire en service. Pas celui de Fabrice Sawégnon mais en philosophie, les actes manqués ont valeur de vérité parce qu’ils traduisent la réalité de ce qu’on étouffe souvent par intérêt. Donc l’analyse dit une chose et son contraire.

Pour le reste, le personnage est néanmoins haut en couleur. Car c’est avant tout un cadre des impôts et, au vu de ce que j’ai pu lire de sa bibliographie, un sombre conservateur des impôts dont l’enrichissement pourrait soulever quelques interrogations. En effet Ouattara Dramane est également un organisateur de spectacles ; il est surtout connu comme un homme de la nuit qui possède des boîtes de nuit dont l’ex Temple devenu Le Vogue et des débits de boisson… Autant d’activités commerciales qui sont incompatibles avec sa fonction de fonctionnaire.

Le fonctionnaire ne peut en effet faire du commerce parce que le législateur veut qu’il soit exclusivement à la disposition de la fonction publique. Indépendamment de cette incompatibilité, il y a celle que lui impose sa fonction de cadre des impôts puisque comme tel il est sensé contrôler les activités qu’il dirige. Dès lors, on peut se demander si un homme susceptible d’être coupable d’autant de délits d’initié peut valablement prétendre à diriger une commune comme celle du Plateau.

Au moins complice de Bendjo depuis 2001

Au surplus, on sait tous que les élections sont une foire aux mensonges et il est de coutume qu’en ce moment-là, chacun se pare des meilleures vertus, notamment celles qui le font le plus fantasmer. Sauf que dans le cas de Ouattara Dramane, les témoins de son odyssée ne sont pas assez nombreux et pour ne rien arranger, ceux qui le connaissent bien comme un militant actif du RDR tel que le ministre Marcel Tanoh n’en disent pas franchement du bien. Au contraire, ils ont plutôt tendance à le présenter comme un opportuniste qui se taille des habits trop amples de résistants. Signe des temps, au dernier congrès extraordinaire du RDR, O.D. n’a pas ménagé sa peine pour se chercher une chaise à son nom sans réussir à mettre fin à ses errances dans les couloirs de l’hôtel Ivoire. Certainement parce que l’on a du mal au RDR à cerner les contours de son rôle politique.

Mais la stratégie de Ouattara Dramane qui consiste à faire de lui un homme nouveau a aussi échoué parce qu’il est conseiller municipal depuis 2001. A ce titre, il est le complice de toutes les déprédations qui résument la gouvernance calamiteuse du Maire du Plateau. Il est donc le complice qui joue les dénonciateurs pour éviter d’être guillotiné à son tour.

Les populations du Plateau ne l’ont pas oublié. Ainsi dans leur esprit, l’élection opposera deux hommes : Akossi Bendjo, le maire sortant, et Fabrice Sawégnon si l’on veut vraiment tenir compte de la réalité des données qui existent aujourd’hui. Alors qui a fait le mauvais choix ? Qui a eu la bonne stratégie ?

Fabrice Sawégnon assurément. Car si Noël Akossi Bendjo s’est réduit au repli ethnique, jouant le néo-compatissant qui vient de découvrir des prisonniers politiques à libérer dans notre pays, c’est bien parce que la stratégie de proximité et d’actions concrètes au cœur des populations du Plateau initié depuis trois ans par Fabrice Sawégnon a payé. Aussi simple que cela.

Viviane Gri

Journaliste politique

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