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aujourdhuinews.net dispose présentement de documents attestant que le Maire du Plateau Noel Akossi Bendjo a créé une société commerciale avec les fonds de la Mairie afin de détourner à son profit exclusif les contrats d’aménagement que la commune est amenée à exécuter sur son territoire. Cette société appelée société de développement et de promotion du Plateau (S.D.P.P) a trois actionnaires : Akossi Bendjo lui-même ainsi que deux de ses proches collaborateurs travaillant à la Mairie du Plateau. La manière dont le Maire se sert du budget communal n’a pas toujours été du goût de la tutelle. Mais en dépit des interpellations de celle-ci, l’inspection générale de l’Etat est toujours restée assez compréhensible vis-à-vis de monsieur Bendjo.

 Selon des documents actuellement disponibles sur lesquels aujourdhuinews.net s’est fondé, la Mairie du Plateau, contrairement aux usages, est actionnaire d’une société commerciale ayant pour but le développement et la promotion du Plateau, en abrégé (S.D.P.P). Cette société dont l’objet est plutôt contraire à celui d’une collectivité publique est ainsi chargée de « l’étude, la gestion, la réalisation de tous travaux publics et autres dans la commune du Plateau ». En un mot, un contrat d’exclusivité lie cette société à la commune du Plateau.

Les seuls fonds connus comme ayant servi à la création de cette société sont ceux qu’on retrouve dans le budget d’investissement de 2014. Au terme de l’état d’exécution de celui-ci, quelque 60 millions sont sortis des caisses de la Mairie afin que la commune devienne actionnaire de la S.D.P.P aux côtés de Claude Djoma Eho, nommé directeur de la S.D.P.P et de Pierre Miézan ancien DAF de la Mairie du Plateau, aujourd’hui conseiller technique, la Mairie du Plateau étant, comme on pouvait s’en douter, représentée par le Maire himself.

Le directeur de la société de développement et de promotion du Plateau, l’un des deux autres actionnaires, est un enseignant qui est devenu un personnage incontournable au sein du clan Bendjo. Il fut d’abord le répétiteur de l’un des fils du Maire avant de connaître différentes promotions dont celle de directeur de cette société. Tout comme lui, monsieur Miezan était DAF à la Mairie du Plateau lorsque cette société a été créée. Il y travaille toujours mais comme conseiller technique.

Ainsi, la commune du Plateau a financé une société appartenant à trois personnes privées. Pas même au conseil municipal, organe de délibération de la commune, dont la présence n’aurait, de toute façon, pas rendu cette société légale en raison des interdictions de la loi en la matière. Cela dit, pour comprendre pourquoi monsieur Bendjo tenait à capter tous les contrats de la commune, il suffit de regarder l’état d’exécution du budget d’investissement de 2014. Cette année-là, les différents travaux d’aménagement de la commune, équipement de diverses structures et achats divers cumulés ont coûté 1,130.000.000 Fcfa. C’est dire…

D’ailleurs selon plusieurs sources, la Mairie du Plateau a pris l’habitude, depuis la création de cette société, de lancer des études qui pompent des millions sur les comptes de la commune, y compris pour des travaux devant être réalisés sur des terrains qui ne sont pas du domaine de la Mairie et pour lesquels elle aurait dû d’abord s’assurer d’avoir obtenu l’accord des propriétaires. Il en est de l’opération de construction de la cantine de la cité RAN pour laquelle la Mairie n’avait pas reçu une autorisation documentée de la RAN propriétaire des lieux. Or des études avaient déjà été lancées et l’argent, bien évidemment, décaissé.

Cette gestion autoritaire de la commune à des fins personnelles est à la base des récurrentes tensions au sein de l’appareil municipal, lesquelles avaient déjà valu, en mars 2009, une volée de bois vert administrée par la deuxième adjointe Yoboué Affoué et une demande d’explication de la part du conseiller municipal Honoré Jean Séa. Mais il n’y a pas que les collaborateurs du Maire qui se sentent outragés.

Le 8 mars 2012, le ministère de l’intérieur ayant en charge les collectivités publiques avait formalisé ses reproches vis-à-vis du Maire du Plateau dans un courrier officiel dans lequel il dénonçait des prévisions de recettes surestimées, le détournement des recettes tirées des frais de mariage et de la vente des plaques d’identification des contribuables pourtant perçues par les services municipaux, la majoration de la taxe sur les pompes distributrices de carburant à 10.000 Fcfa au lieu de 2500 Fcfa tel que prévu par l’annexe fiscale de 2004, l’augmentation du salaire des amis du Maire, notamment son chef de cabinet…En conclusion, la tutelle avait retoqué le budget municipal et demandé au Maire de « procéder aux corrections qui s’imposent ».

Mais en dépit de ces interpellations, monsieur Bendjo a toujours bénéficié de la mansuétude de l’inspection générale d’état chargée de contrôler les comptes des collectivités locales. C’est d’ailleurs ce qu’a rétorqué à aujourdhuinews.net le chargé de communication de la commune du Plateau, en prenant soin de balayer du revers de la main nos demandes d’entretien avec les personnes impliquées dans cette affaire.

Mais ce sentiment d’impuissance n’a pas réussi à freiner Wilfried Taki André et Hervé Tokpa Gondo. Ces deux personnes habitant le Plateau ont, depuis le 1er mars 2016, porté plainte contre le Maire devant les tribunaux ivoiriens pour abus de biens sociaux, faux et usages de faux et détournements de deniers publics. Car pour eux, depuis que monsieur Bendjo est à la tête de la commune, « toutes les actions sociales en direction de la population ont connu un arrêt brutal ». En lieu et place, monsieur Bendjo aurait fait émerger un système mafieux dans le but de de détourner à des fins personnelles lesdits fonds, budgétisés et exécutés chaque année.

Sévérine Blé

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